Réfléchissez un instant : vous passez près de 90% de votre vie entre quatre murs.
Vous travaillez au milieu d'eux, vous dormez au milieu d'eux, vos enfants grandissent au milieu d'eux. Et l'air que vous respirez dans ces espaces clos peut être jusqu'à cinq fois plus toxique que l'air extérieur.
Cinq fois. Et pourtant, on continue de parler de décoration intérieure comme si elle se résumait à des coussins, des palettes de couleurs et ce magnifique fauteuil aperçu dans un magazine. Nous avons un problème de perception. Et pour le comprendre, il nous faut remonter quelques siècles en arrière.
Quand l'architecture a-t-elle sauvé des vies ?
Au milieu du XIXe siècle, Paris et New York étaient, au sens propre du terme, ravagées par la maladie. Le choléra et la tuberculose n'étaient pas des métaphores : ils décimaient des quartiers entiers. Et puis, un événement qui nous paraît aujourd'hui évident s'est produit : la ville a été repensée pour se reconstruire.
À Paris, sous Napoléon III, le baron Haussmann a démoli le plan médiéval. Il ne l'a pas fait pour rendre la ville plus harmonieuse (cette beauté que nous associons aujourd'hui aux grands boulevards est, en réalité, une conséquence, et non un objectif).
L'objectif était d'assurer la circulation de l'air, car l'air stagnant était considéré comme mortel. À New York, la loi sur les immeubles d'habitation de 1901 imposait que chaque pièce soit dotée d'une fenêtre donnant sur l'extérieur. Du jour au lendemain, la lumière naturelle et la ventilation devinrent des outils de santé publique.
Durant ces années, la science médicale a dicté l'architecture. La ville a appris à respirer.
Le grand paradoxe
C'est là que ça devient intéressant. Nous avons réussi à rendre les rues propres, à séparer les eaux usées de l'eau potable et à électrifier les bâtiments. Et puis, nous avons oublié l'intérieur.
Pendant des décennies, nous avons considéré la décoration intérieure comme un simple ornement. Comme si, une fois les infrastructures urbaines assurées, ce qui se passe chez soi était neutre, inoffensif, une page blanche sans conséquences biologiques.
Or, les données démontrent le contraire. L'air de votre salon, saturé de composés organiques volatils (ces fameux COV émis par les meubles, les peintures et les plastiques), peut être jusqu'à cinq fois plus toxique que l'air extérieur. Un éclairage artificiel mal réglé perturbe votre horloge biologique.
L'acoustique de votre bureau vous épuise en fin de journée sans que vous en compreniez la raison. La couleur du plafond de votre chambre influence votre taux de cortisol.
Et tout cela est étayé par des preuves. Ce n'est pas de l'intuition, c'est de la science mesurable.
La deuxième révolution sanitaire
Nous assistons à un phénomène similaire à celui du XIXe siècle, mais cette fois-ci en intérieur. Il ne s'agit plus seulement de prévenir les maladies infectieuses, mais aussi de comprendre le fonctionnement de notre système nerveux lorsque nous entrons dans un espace, et d'adapter la conception en conséquence. Cette nouvelle approche repose sur trois piliers qui constituent pour nous notre boussole quotidienne :
1. Neuroarchitecture : l'espace parle à votre cerveau
L’aménagement d’un espace modifie la chimie de votre cerveau. La hauteur sous plafond, la géométrie d’un motif répétitif, le niveau de bruit ambiant : tous ces éléments influencent directement votre taux de cortisol, l’hormone du stress.
C’est pourquoi, lorsque nous choisissons une couleur, nous ne le faisons pas par effet de mode. Nous le faisons parce que nous savons comment votre système nerveux réagit à cette longueur d’onde spécifique.
2. Conception biophilique : il ne s’agit pas de plantes, mais de biologie
Edward O. Wilson l'a nommée biophilie : l'affinité innée de l'être humain pour la nature. Ce n'est pas une figure de style ; c'est un fait mesurable. Des études cliniques montrent que le contact avec les éléments naturels réduit la tension artérielle et accélère la guérison.
après les maladies.
La science nous donne même les paramètres précis : la quantité de lumière, la quantité de végétation, les textures dont votre corps a besoin pour maintenir son rythme circadien en équilibre.
3. Une matérialité saine : ce que vous touchez, vous habite
Voici l'une des révolutions les plus discrètes. Abandonner les plastiques toxiques, revenir à la chaux, aux argiles techniques et aux bois certifiés. Des matériaux qui encadrent l'environnement.
L'humidité filtre passivement les toxines, les empêchant ainsi d'empoisonner lentement l'air intérieur. La composition chimique de votre environnement est importante, même si elle est invisible.
Le décorateur d'intérieur comme hygiéniste du XXIe siècle
Si au XIXe siècle le héros de la santé publique était l'ingénieur qui concevait le réseau d'égouts, aujourd'hui, le protagoniste est celui qui comprend qu'un espace peut guérir ou épuiser. Que chaque décision d'aménagement est une décision qui concerne votre corps.
L'aménagement intérieur ne peut plus se permettre d'être superficiel. C'est ce qui distingue un espace simplement harmonieux d'un environnement qui favorise la longévité. On est passé du nettoyage des rues à celui de nos chambres. Et aujourd'hui, les données, les essais cliniques et la biologie sont les outils les plus précieux de tout studio de design.
Le design ne se résume pas à l'apparence. Il s'agit de son fonctionnement au niveau cellulaire.
Dans Dcala Studio, Studio d'architecture à Malaga, Nous intégrons cette conviction à chaque projet que nous concevons. Car, au final, chaque recoin de votre maison ou de votre bureau interagit avec votre organisme. La question est de savoir si cette interaction est bénéfique ou néfaste.